L’enfance de l’art

Que retiendra la Haute-Marne de cette 2e semaine de l’année ? Sans doute le retour médiatisé du 90 sur certaines de nos routes ? Laissez-moi plutôt vous narrer deux événements dont je fus témoin, et surtout leur mise en perspective.

Étrangement considéré comme “force vive” par les puissances invitantes, votre plumitif laborieux astreint à chronique se trouvait donc convié à assister mardi soir aux vœux de la Préfecture et du Conseil départemental. Pénétrant dans la place, ma poitrine de Haut-Marnais se gonflait d’une légitime fierté devant ce rassurant constat : des centaines de forces vives, arrivées avant moi, agglutinées dans l’allée. Des forces vives à ce point nombreuses que leur masse interdisait toute velléité d’approcher le Grand Salon. Ni fort ni vif, je renonçais sans insister. Je parvenais à me faufiler dans un des salons de l’aile nord, salon équipé d’un buffet prometteur, mais surtout, côté sud de la pièce, d’un haut-parleur. La sonorisation du rez-de-chaussée s’avérait en tout point excellente. On entendait fort bien, sauf cas de défaillance inopinée d’éventuelles prothèses auditives équipant certaines forces vives. C’est important pour la suite.

S’étaient égarées dans “mon” salon une cinquantaine de personnes qui devisaient joyeusement par petits groupes. La Préfète prend la parole, suivie du Président du Conseil départemental. Dès les premiers mots, tout le monde se tourne vers le monolithique haut-parleur noir. Absolument tous, alignés en rangs d’oignon concentriques, comme polarisé vers la membrane vibrante. On aurait pu admirer les tableaux, sur les murs, ou encore la sculpture du Général, côté est, voire regarder par les fenêtres, tout en écoutant parfaitement les propos venus d’en haut (le haut-parleur était positionné à une altitude de volleyeur). Nenni ; toutes les forces vives présentes sont hypnotisées par le haut-parleur. Cela aurait pu être très graphique ; las, je ne les voyais que de dos. À la fin, ils ont applaudi. Le haut-parleur, ingrat, n’a même pas rougi.

L’autre événement, plus modeste dans la forme, mobilise le lendemain une vingtaine d’enfants de l’IME du Val de Suize, à Brottes. Même disposition globale avec des invités, les enfants, en rangs d’oignon (mais assis par terre, là, ce qui n’était pas le cas à la préfecture). Tous regardent dans la même direction : les artistes du Concert de poche. La flûtiste et le comédien déroulent, improvisent, interpellent. Ils font leur job d’artistes en respectant leur jeune public. Voilà-t-y pas que le requin tombe amoureux de la fée ! C’est tellement bien amené, tellement bien joué qu’instantanément, je vous jure, de chaudes larmes ruissellent sur les joues d’un gamin du premier rang. Les applaudissements (là) jaillissent du cœur.

La politique est un art ; je préfère l’art à la politique.

JHM du 12 janvier 2019

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